#Yosoy132 espère un printemps mexicain

Publié le par souslesoleildemexico

Les élections présidentielles début juillet pourraient bien être l'occasion d'un changement profond dans la vie politique mexicaine. Enrique Peña Nieto, le candidat du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), donné gagnant depuis des mois dans les sondages, est désormais au coude à coude avec son concurrent de la gauche Andrès Manuel Lopez Obrador, candidat malheureux de l'élection de 2006.

 

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Si AMLO l'emporte, il le devra en partie au réveil des étudiants mexicains dans une campagne jusque-là assez terne. En effet, suite à l'altercation du candidat du PRI avec les jeunes d'une université privée de Mexico en mai, un mouvement contestataire « Yosoy 132 » s'est créé réclamant plus d'égalité et de justice et dénonçant notamment la collusion entre les grands médias mexicains et le pouvoir.

 

1er juillet : 80 millions de Mexicains sont appelés aux urnes

Les quelque 80 millions de citoyens mexicains s'apprêtent à élire lors du scrutin du 1er juillet 2012 le nouveau président mais aussi plus de 2000 élus locaux, dont les députés et sénateurs. Depuis sa constitution de 1917, le Mexique, officiellement les Etats-Unis du Mexique, est une république constitutionnelle fédérale au régime présidentiel et comportant 32 Etats. Après 71 ans au pouvoir, le parti hégémonique du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) nationaliste et autoritaire, a laissé la place en 2000 au parti conservateur du PAN (Parti d'Action National). En 2006, le PAN remporte à nouveau la présidentielle après une élection controversée face au candidat de gauche, Andrès Manuel Lopez Obrador. Ce dernier compte bien prendre sa revanche en 2012.

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Le PAN affaibli par la guerre contre le narcotrafic

Après deux mandature du PAN, la situation du Mexique reste préoccupante. Certes le pays affiche de beaux taux de croissance et a su juguler l'inflation, mais il n'a pas enrayé une pauvreté endémique dans ce pays le plus riche d'Amérique latine après le Brésil. La moitié des 112 millions de Mexicains vivent en dessous du seuil de pauvreté. Mais à la différence du Brésil de Lula, la lutte contre les inégalités n'était pas, il est vrai, une priorité du PAN, parti traditionnellement conservateur mais libéral économiquement. L'homme le plus riche du monde, Carlos Slim, n'est-il pas mexicain ?

Président sortant et non-rééligible selon la constitution mexicaine, Felipe Calderón traine derrière lui un triste bilan social et surtout politique à cause de la guerre contre le narcotrafic qui ravage le pays. Depuis le début du mandat de ce président « mal élu », la violence entre cartels de la drogue a fait plus de 50 000 morts et a plongé tout le nord du pays, mais aussi des villes comme Acapulco et Veracruz, dans la terreur. Une sale guerre, qui contrairement à ce que dit le président est loin d'être gagnée, pour ne pas dire perdu d'avance. Le PAN ne sait aujourd'hui comment se sortir de ce bourbier, cette spirale de violence.

Le parti conservateur s'est d'ailleurs montré divisé pour soutenir la candidate officielle Josefina Vasquez Mota. Cette dernière, seule femme candidate à la fonction suprême, accuse aujourd'hui un gros retard sur ses concurrents du PRI et PRD. Même Vincente Fox, président du Mexique de 2000 à 2006 sous les couleurs du PAN, n'a pas aidé la candidate de son parti en se déclarant officiellement pour la victoire d'un concurrent, le sémillant Enrique Peña Nieto du nouveau... PRI.

 

Le possible retour du PRI 120610 Manif AMLO 03

Peña Nieto, 45 ans, ancien gouverneur de l'Etat de Mexico, a caracolé en tête dans les sondages durant des mois. Il bénéficie de l'appui ostensible des grands médias, en particulier le groupe Televisa qui possède les chaînes de télé les plus regardées dans le pays. Il peut compter aussi sur de gigantesques ressources financières drainées par de puissants groupes économiques sans oublier le soutien de toute une armée de militants encadrés par l'administration des 20 Etats de la république mexicaine (sur 32) gouvernés par le PRI.

L'allure jeune et moderne et la coupe impeccable d'EPN semblent rompre avec l'image du vieux PRI, parti hégémonique et autoritaire dont les caciques ont mis longtemps avant de résoudre à la démocratie. Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, qualifiait même son pays de « dictature parfaite » durant les 71 ans du PRI au pouvoir.

 

L'irruption de #Yosoy132 dans la campagne

Mais l'image du jeune candidat priiste modelé en président par les médias a été fortement abimée début mai. Durant sa campagne si bien orchestrée, il a dû faire face a une fronde inattendue des étudiants de la Ibero, une université privée catholique d'obédience jésuite peu réputée pourtant pour son caractère rebelle. L'événement aurait pu passer inaperçu, si le soir-même de cette « péripétie de campagne » les grands médias n'avaient pas relayé la propagande du PRI condamnant un acte isolé venant de gauchistes et d'étudiants extérieurs à l'université de la Ibero. Très rapidement sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrant le candidat retranché dans les toilettes de l'université et protégé par un cordon de gardes du corps ont fait le tour de la toile. Mais surtout, un groupe d'étudiants s'est rapidement regroupé pour organiser la riposte médiatique et rétablir la vérité. Ils ont ainsi diffusé une vidéo montrant 131 étudiants officiels de la Ibero dénonçant la manipulation médiatique tout en se déclarant apolitiques et opposés à Peña Nieto. Sans le savoir, ces jeunes Mexicains venaient de lancer un courant de contestation qui a interpellé toute une génération. Le mouvement « #Yosoy132 » (je suis le 132è) venait de naître et s'est répandu comme une trainée de poudre à toutes les autres universités du pays.

 

Le précédent 2006 : la peur de la fraude

En 2006, Felipe Calderon avait finalement été donné gagnant contre son concurrent du PRD (Partido Revolucionario Democratico) Andres Manuel Lopez Obrador avec seulement 0,5 point d'avance dans un scrutin entaché pourtant par des fraudes avérées dans plusieurs bureaux de votes. Le candidat de gauche s'était alors déclaré « président légitime » et avait été soutenu par de nombreux manifestants pendant près de six mois. Mais ensuite les divisions à gauche avaient fortement affaibli le mouvement et discrédité son leader.

 

Continuation, régression ou rénovation

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Cependant on peut reconnaître une certaine ténacité à AMLO qui durant cette traversée du désert n'a jamais renoncé à la reconquête du pouvoir par les urnes. Pendant six ans, Andrès Manuel Lopez Obrador a visité tout le territoire de la République et c'est presque logiquement qu'il fut désigné, en novembre 2011, candidat à la présidentielle par son parti le PRD. Classé à plus gauche que son rival, le maire de Mexico Marcelo Ebrard, AMLO a axé sa campagne 2012 sur trois thèmes : l'éducation, l'emploi et... le bien-être.
Au départ de sa campagne, il a concentré ses nombreuses attaques sur son adversaire direct Pena Nieto en dénonçant notamment la corruption et la mauvaise gestion des Etats dirigés par le PRI. Mais si la corruption est une réalité au Mexique gangrenant toutes les institutions, la dénoncer n'est pas suffisant pour être élu. AMLO à la tête d'un parti qui n'est pas au dessus de tout soupçon l'a bien compris et a changé de stratégie entre les deux débats télévisés qui ont ponctué la campagne. En plus d'un programme social et économique attendu pour un candidat de gauche (création d'emplois publics, lutte contre la pauvreté, relance économique...), il propose une petite révolution culturelle avec MORENA. Ce Mouvement du Renouveau National, (jeu de mot « morena » signifiant aussi « métissé » au Mexique) propose un nouveau Mexique basé notamment sur le bonheur et le bien-être. Une dimension qui échappe à ses adversaires préférant parler dans cette campagne de performances économiques, de sécurité, de paix et de lutte contre le narcotrafic.

Les résultats du 1er juillet viendront confirmer la direction que veut prendre le Mexique pour ces 6 prochaines années. Comme le résumait un journaliste mexicain, « le vote pour le PAN signifie la continuation, le PRI représente la régression et le PRD de AMLO, celui de la rénovation. » Le changement, c'est peut-être « ahorita » ou pas.

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