Gwenn-Aëlle : la Bretagne au coeur

Publié le par souslesoleildemexico

Née de parents bretons qui se sont connus et ont vécu au Mexique, Gwenn-Aëlle Folange Téry revendique des racines bretonnes qui se sont épanouies sous le soleil de Mexico. Ce mélange de cultures n'est certainement pas étranger à cette vie d'écrivain et de peintre qu'elle s'est choisie passé la quarantaine.

130513-Portrait-Gwenn-Aelle_0135.JPG

Gwenn-Aëlle avoue venir d'une famille d'artistes. Maryvonne, sa mère, lui a transmis le goût pour la peinture et aussi ses racines bretonnes.


« C'est étrange de parler du goût du beurre salé breton ou de la pêche à Saint-Briac en espagnol, explique Gwenn-Aëlle. Il faut alors apporter d'autres images afin de retranscrire ces saveurs, ces souvenirs avec un regard mexicain. ». Parfaite bilingue, l'auteure écrit aussi bien en français qu'en espagnol « suivant le contexte » précise-t-elle, et prend soins de la traduction.

Dans son atelier de la banlieue de Mexico, cette maman de trois grands enfants se consacre désormais en toute liberté à ses deux grandes passions : l'écriture et la peinture. Sur les murs sont accrochés photos de famille et tableaux de la côte bretonne, des paysages de Saint-Briac, là où se trouve la maison familiale du côté de son père. Sur un chevalet en face de la fenêtre, un tableau reste encore inachevé. On y voit un champ en bord de mer, une prairie de fleurs qui éclate de vie et de couleurs. « Ce tableau sera bientôt en vente et les dons iront à une association de lutte contre le cancer. »Depuis qu'on a décelé la maladie chez sa nièce de 11 ans, la tante a décidé, avec d'autres membres de sa famille, de se raser la tête. Un geste symbolique de soutien et de solidarité.

 

Peindre et écrire pour vivre

Cette marque d'affection et d'humanité résume la personnalité de Gwenn-Aëlle. Ecrivain de l'intime, elle vit en empathie avec les gens qu'elle côtoie sachant aborder avec délicatesse le domaine des émotions. « Les sentiments, c'est quelque chose que l'on n'avait pas le droit montrer en famille quand on était enfant, cela vient peut-être de notre culture bretonne, sourit-elle. Aujourd'hui, peindre et écrire me permettent d'exprimer ce que j'ai trop longtemps gardé en moi. »

Pour l'ex-enseignante, la peinture et l'écriture se sont révélées en effet comme une véritable thérapie. A l'aube de sa quarantaine, elle souffre de fibromialgie et à cette maladie s'ajoute une forte dépression qui la mène au bord du gouffre. « Je n'avais plus envie de rien, pas même envie de mourir, confie-t-elle. Grâce à la psychothérapie, je me suis lancée alors dans l'écriture pour exprimer ce que je n'avais pas réussi à dire depuis mon enfance. »

 

L'hommage au père

Sur des petits bouts de papier, l'ex-professeur griffonne des souvenirs, des moments de souffrance mais aussi ses instants de joie et d'allégresse qu'elle publie ensuite sur son blog.

Son premier livre sorti en 2011 (1), est un ouvrage très personnel racontant son deuil après le décès de son père. « Papa était un homme avec une forte personnalité, pas tous les jours faciles, avoue-t-elle. Un vrai caractère de breton, diront certains. » A sa mort, Gwenn-Aëlle a ressenti le besoin d'écrire un carnet intime pour faire exploser ses sentiments, sa peine, sa rage, son désespoir parfois, en un mot son amour pour son père disparu.

blog 130513 Portrait Gwenn-Aelle 0149

Décédé en 2010, Marc Folange son père était appelé Marcos Breton ou Moustache au Mexique. Il s'était essayé à la chanson et avait même sorti un disque. 



C'est après cet événement douloureux que se sont réveillées de façon encore plus vivace ses racines bretonnes léguées par un père qui ne cessait de parler de la mer, de la pêche, de son enfance entre Rennes et Saint-Briac. Après près de 50 ans passés au Mexique aux côtés de sa femme Maryvonne, une Paimpolaise rencontrée à Mexico (lire encadré), Marc Folange n'avait rien perdu de sa bretonnité.
Sur sa tombe dans le village mexicain de Yautepec est écrit : « Ses os au Mexique, son cœur en Bretagne et son âme ailleurs. »

La Bretagne, Gwenn-Aëlle la connaîtra vraiment à l'âge de quinze ans, quand la jeune fille fut envoyée passer une année scolaire à Saint-Malo chez sa grand-mère paternelle. Le lycée La Providence Intra Muros ne ressemble pas au lycée français de Mexico mais le vent marin, les promenades sur le sillon la marqueront à jamais.« J'écris entre deux pays, car avant tout, je suis née de deux pays, je suis d'ici et je suis de là-bas, je suis mon père et je suis sa fille » se définit-elle dans un de ses ouvrages.

Gwenn-Aëlle va publier deux prochains livres. Le premier racontera ses tableaux qui parlent notamment de l'enfance et de la Bretagne. « Au lieu d'illustrer mes textes avec des tableaux, j'ai fait le contraire. » Le second est un roman : « J'ai repris les anecdotes de mes copines et j'ai fabriqué de ces histoires une femme qui raconte 30 ans de sa vie. » Il y aura dans ce personnage certainement aussi un peu de l'auteure.

 

Jean-Marie LEGAUD

 

(1) Quand papa est mort (Cuando se murió mi papá) Edition Tremplin -2011


Maryvonne Téry, histoire d'une Bretonne débarquée à Mexico

C'est en 1958 que Maryvonne Téry, alors âgée de 19 ans, décide de faire sa valise et partir un an comme fille au pair dans une famille française vivant au Mexique. Une décision lourde de conséquences puisqu'elle se fait contre la volonté de son père, administrateur des Affaires maritimes basé à l'époque à Tréguier. « Je suis partie à pied de Tréguier jusqu'à la gare de Guingamp. A Paris, un oncle m'attendait et quelques mois plus tard, j'ai pris l'avion pour Mexico. »

Maryvonne garde un souvenir mitigé de cette première année mexicaine mais une chose est certaine, elle ne veut pas revenir en Bretagne pour « servir de bonne ». La jeune femme souhaite s'émanciper et suivre d'une certaine façon le modèle de sa mère, première femme chirurgien-dentiste à ouvrir un cabinet en Bretagne.

Le Mexique devient alors sa terre promise. Sa seconde expérience de fille au pair dans une famille suédoise est un grand bonheur. Et au cours d'une réception à l'Ambassade de France, elle rencontre Marc, « un Breton comme moi », qui deviendra son époux et avec qui elle aura quatre enfants : Gwenn-Aëlle, Armelle, Anaïck et Marc.

Après des études à l'Université de Mexico, Maryvonne décide d'être enseignante de français. Aujourd'hui retraitée, la « maestra » continue de donner des cours à quelques élèves fidèles. «  J'ai même une élève de 94 ans ! »

Sa maison est un lieu exotique qui respire la Bretagne. « Un ébéniste mexicain nous a fabriqué à l'identique des meubles bretons. Seule différence, ils ne sont pas en chêne mais en acajou. »

 

Article paru dans Le Télégramme le 10/06/2013

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/mexique-la-bretagne-au-coeur-09-06-2013-2130469.php?xtmc=mexique&xtcr=3

Pour aller plus loin :

http://gwennaelle.wordpress.com/

http://guenahuiles.yolasite.com/

http://www.edilivre.com/quand-papa-est-mort-gwenn-aelle-folange.html

 

 

 

Publié dans Culture

Commenter cet article

clovis simard 11/12/2013 20:33

http://phermaton.overblog.com-SOUS LE SOLEIL DU DÉSERT.