Thierry Jeannot, designer du recycl'art à Mexico

Publié le par souslesoleildemexico

Lors de sa première exposition à Washington sur l'art mexicain, Thierry Jeannot qui présentait son œuvre principal, un chandelier construit avec 2000 bouteilles plastique, aime raconter cette anecdote. « Une femme s'est approchée de moi et m'a demandé : C'est du cristal ? Cette réflexion surprenante était exactement le genre de réaction que j'attendais : transformer le plastique Pet en cristal ! »

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Thierry Jeannot, 49 ans, se définit comme artiste designer. Il vit et travaille à Mexico dans un magnifique atelier idéalement situé au cœur de la capitale entre le Templo mayor des empereurs aztèques et le zocalo, la grande place centrale avec sa majestueuse cathédrale et son Palacio nacional.

Arrivé au Mexique il y a plus de 15 ans, le jeune artiste parisien avait auparavant travaillé dans la mode au cours des années 80, d'abord comme indépendant dans la création de bijoux contemporains en matière plastique, puis dans des maisons de haute couture dans la conception de bijoux et accessoires. « Le processus de design et de fabrication de pièces était à l'époque très différent. La création était encore très artisanale. »

En 1996, il fait un premier voyage au Mexique pour connaître l'univers des créateurs mexicains. « J'ai trouvé cela fascinant. J'ai découvert un pays très riche, avec des ateliers qui fabriquaient des choses que l'on ne voyait pas ailleurs. »

Cette nouvelle expérience lui a donné l'envie de créer des pièces en aluminium recyclé avec des moulages de résine polyester. C'est ainsi qu'il monte son premier atelier au Mexique. Au bout de deux ans, sa petite entreprise compte 8 à 10 employés. « J'ai commencé par fabriquer des lignes de lampes et d'objets de décoration pour la maison. Et cela se vendait très bien car il y avait une réelle demande de produits design à Mexico dans les années 90. »

Mais cette aventure se termine au début des années 2000 et l'artiste rebondit alors sur d'autres idées en utilisant d'autres matériaux et « peut-être aussi en m'intégrant différemment dans la société mexicaine », concède-t-il.

Il décide de travailler sur le recyclage d'objets courants comme les bouteilles de plastique en Pet (polytéréphtalate d'éthylène). Il anime alors des ateliers avec des jeunes de la rue et trouve l'expérience très enrichissante.

« En tant que designer, j'aime l'idée de réaliser la transformation totale de matières premières provenant de la poubelle, de faire de ces déchets des objets de qualité. Socialement, mon ambition était aussi de monter un projet qui redonne de la valeur au travail manuel dans le contexte mexicain. »

Plus que la valeur ajoutée économique, l'artiste revendique aussi une véritable valeur ajoutée humaine presque humaniste en formant et travaillant avec des personnes totalement étrangères au monde de l'art.

« Cela m'intéresse beaucoup de collaborer par exemple avec des femmes qui utilisent et développent certaines de mes oeuvres dans leur cuisine... »

Humainement et artistiquement, Thierry Jeannot a trouvé son oasis au Mexique même s'il concède qu'il aimerait bien à l'avenir être plus présent en France par son métier. « Je pense que je suis désormais quelqu'un suffisamment intégré au Mexique pour devenir un pont, un lien entre ces deux mondes. »

Jean-Marie LEGAUD

Publié dans Culture

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