Au Mexique, la prophétie de la fin du monde fait vendre

Publié le par souslesoleildemexico

Les agences de voyage mexicaines surfent sur l'attrait que suscite le mythe apocalyptique maya auprès des adeptes occidentaux pour profiter de la manne touristique. Les habitants du Yucatan semblent quant à eux plus préoccupés par le prochain ouragan que la question de la fin du monde.

JLM ChichenItza web 9264

Le paquet-découverte « fin du monde »

Les agences mexicaines n'ont pas lésiné sur l'offre pour attirer le mystique. Jorge Hernandez Delgado, président de la Confédération Nationale du Tourisme (CNT) se dit préparé à la venue massive de touristes étrangers américains, européens et sud-américains. Il a misé sur la vente de 25 000 à 30 000 paquets « fin du monde ». « Nous proposons ces paquets-découvertes de 5 à 8 nuits avec des prix compris entre 5 000 à 8 000 pesos (300 à 500 euros) sur les zones de Uxmal, Celestún et Chichén Itzá. » Au programme, visites guidées des temples et pyramides, découverte de la culture et des rituels maya et même un bain dans un temascal (sauna traditionnel).

Les professionnels du tourisme ont parlé d'une affluence « supérieure de 30% par rapport à 2011 ». Cependant à deux semaines de l'événement, les réservations des hôtels de Mérida n'étaient supérieures que de 8% par rapport à l'année précédente. Ceci dit personne ne garantit de trouver une chambre pour le 21 décembre 2012...

Côté publicité, plusieurs marques se sont engouffrées dans la brèche dont Renault qui en profite pour lancer son modèle Duster au Mexique : « Offre-toi un joli souvenir de la fin du monde » propose Maya, la belle hôtesse mexicaine, avec à la clé un an d'assurance gratuite et un crédit « sans commissions ».

 

Mysticisme occidental et réalisme commercial

La prophétie apocalyptique maya a surtout fait des adeptes au delà de ses frontières en particulier aux Etats-Unis et en Europe. Dans la jungle du Yucatan, une communauté italienne a même construit, sur un site de plus de 800 hectares, une petite ville forteresse appelée Las dos Aguilas. Afin de survivre à cette fin du monde annoncée, les maisons sont équipées de panneaux solaires et doivent résister aux séismes, ouragans et hautes températures. Mais ses habitants qui souhaitent vivre en autarcie n'ont pas l'intention de faire partager cette expérience aux touristes.

Tous ces efforts déployés pour attirer le tourisme de masse laissent sceptique Tristan Reger, directeur de Terra-Maya, agence francophone spécialisée dans l'organisation de voyages écotouristiques en pays maya. « On nous a fait une proposition pour offrir à nos clients un parcours spirituel lié à cet événement qui n'est, à mon sens, qu'une interprétation nourrie par un besoin de sensationnalisme mêlé d’ésotérisme. »

 

Miser sur le tourisme culturel

Les autorités de Mérida souhaitent aussi dégonfler cette mystique « fin du monde » et montrer un visage moins folklorique de leur culture. « Nous organisons en décembre le festival Mundo Maya 2012 pour montrer aux touristes toute la richesse de notre culture », explique Saul Ancona Salazar, responsable du Secrétariat du Tourisme dans le Yucatan. Au programme, concerts, cinéma, expositions, mais aussi colloques et conférences animées par des universitaires, spécialistes de la civilisation maya.

Business ou découverte culturelle, tout le monde s'accordent sur un point : l'énorme battage médiatique autour de la prophétie maya permet de faire parler du Mexique autrement que sous l'angle de la violence et du narcotrafic. « Il peut aussi donner envie aux gens de découvrir ce pays magnifique, concède Tristan Reger. En attendant, nous conseillons à nos clients de venir quand ce sera plus calme. » Bref, vivement que se termine la fin du monde afin que le Yucatan retrouve une vie normale.

 

JML

Pour aller plus loin : Agence Terra Maya www.mexique-voyages.com 

Article publié dans le Journal du dimanche le 08/12/12

http://www.lejdd.fr/International/Ameriques/Actualite/Le-bingo-mexicain-du-big-bang-579968

Publié dans Société

Commenter cet article