Philippe Danigo. Son eldorado ostréicole

Publié le par souslesoleildemexico

 

Laguna San Ignacio - Basse-Californie - Mexique. C'est dans ce lieu unique et sauvage que Philippe Danigo, 57 ans, a choisi d'implanter sa ferme d'huîtres il y a près de 20 ans. Ce Breton originaire de la ria d'Etel se sent aujourd'hui « Brexicain », un mélange « salé-pimenté » de deux cultures.

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« C'est un paysage de rêves ici, entre mers et terre, sourit Philippe. Ce n'est pas pour rien que le commandant Cousteau appelait la mer de Cortés « l’aquarium du monde ». La péninsule de Basse-Californie s'étend sur 1200 km avec, d'un côté, l'océan Pacifique aux eaux fraîches et cristallines ou chaque année viennent se reproduire les baleines grises et de l'autre, la mer de Cortès aux eaux plus chaudes appréciées des poissons tropicaux en période reproduction. Entre les deux, se dresse une chaîne de petites montagnes aux paysages sauvages et quasi désertiques.

La ferme ostréicole de Philippe Danigo est située côté Pacifique dans la lagune San Ignacio, une zone presque vierge « aire naturelle protégée » encore appelée « réserve biosphère » par l'Unesco. « Il y a autour de la lagune très peu d'activités de pêche et pratiquement pas de touristes. La qualité des eaux est optimale grâce aux eaux fraiches et très riches du Pacifique et grâce aussi à l'absence d'eaux douces à cause du désert. » Ces conditions idéales permettent de produire une huître en 18 mois alors qu'il faut généralement le double en France. « C'est pour cela que c'est une huître exceptionnelle » se réjouit le conchyliculteur.

 

Le Breton a trouvé son oasis
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L'ostréiculture, Philippe est tombé dedans quand il était petit et se plaît à raconter son histoire. « J'appartiens à la 4e génération d'ostréiculteurs de la ria d'Etel. Mes arrières-grands-parents étaient en fait de Groix, l'île des femmes, comme on disait à l'époque, car les maris étaient en mer. Lassées d'attendre leur marin, certaines ont pris la décision de s'installer sur le continent et cultiver un bout de terre sur la mer. C'est ainsi qu'ils sont devenus ostréiculteurs dans la ria d'Etel. »

En traversant l'océan pour découvrir l'Amérique, le jeune Philippe semble donc poursuivre une certaine tradition familiale. En 1982, il connaît une première expérience en Equateur et travaille alors pour France Aquaculture (filiale Ifremer) sur un projet d'écloserie de crevettes tropicales. Après différentes missions en Asie, il passe 3 ans en Colombie à Carthagène et arrive en 1992 au Mexique. France Aquaculture est alors rachetée par Sanofi mais cette transition se révèle un échec et la boîte coule très rapidement. «  Notre savoir faire s'était divulgué et il était difficile de rencontrer de nouveaux clients. »

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Fort de son expérience en aquaculture, Philippe Danigo décide alors d'abandonner la crevette pour se lancer seul en 1993 sur un projet ostréicole qui lui tenait à cœur dans cet oasis. Aujourd'hui son entreprise Sol Azul produit 500 tonnes d'huîtres à l'année et compte 35 employés « tous des locaux de la laguna de San Ignacio » souligne le chef d'entreprise. Philippe vit quant à lui en famille à La Paz, la capitale de Basse Californie située à 700 km au sud ! « Je reste une semaine au bureau en ville et je passe une semaine sur la ferme. Je voyage en bus de nuit pour éviter de perdre une journée dans les transports. »

 

Une double culture « salée pimentée »

« Après 20 ans passé ici, je me sens autant mexicain que français. J'ai d'ailleurs la nationalité mexicaine. Mon épouse est colombienne et mes enfants ont donc hérité de ce mélange de trois cultures franco-latino-américaine. Ici on me considère bien sûr comme « Le Français » pourtant je me sens un peu étranger quand je retourne dans mon pays d'origine. »

L'homme n'en n'oublie pas pour autant ses racines bretonnes. « C'est important de transmettre ma culture à mes enfants le côté culinaire par exemple... D'ailleurs, si nous aimons les tacos et quesadillas nous adorons aussi les crêpes et Le Kouign Aman. De plus aujourd'hui avec internet, c'est très simple de communiquer avec les cousins de Bretagne. »

S'adapter à la culture mexicaine n'est pourtant pas toujours simple pour un Français. « Il faut beaucoup de patience, et savoir faire avec les retards, les contretemps... Les choses prennent du temps ici pour se faire mais au final se font. » Toujours souriant et accueillant, le Mexicain ne sait pas dire non. « Il faut donc comprendre qu'un oui signifie parfois non, explique Philippe Danigo. Et surtout ne jamais s'énerver car « el que se enoja, pierde !» (Celui qui s'énerve perd.) »

D'ailleurs, Philippe ne s'énerve jamais, son côté mexicain certainement.

 

Jean-Marie Legaud

 

L'huître mexicaine, star américaine !

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« Les ventes ont été très bonnes cette année. Les Américains apprécient de plus en plus les huîtres fraîches notamment grâce la mode des Oysters bar. » Quand Philippe Danigo parle de ses huîtres mexicaines, il regarde de l'autre côté de la frontière. En effet, 95% de sa production part vers les Etats-Unis. « La ferme est plus proche de Los Angeles que de Mexico », fait-il remarquer.

Cependant, l'homme d'affaires reste prudent. Avoir un seul pays client pour l'exportation, c'est comme avoir toutes ses huîtres dans la même bourriche, c'est risqué.

Membres de l'Aléna (Accord de libre-échange nord américain), Mexique et Etats-Unis ont pourtant des relations commerciales compliquées. Le grand voisin « gringo » se montre toujours très scrupuleux sur les marchandises mexicaines. « D'un point de vue sanitaire, nous répondons aux critères américains de la FDA (Food and Drug Administration). Nous sommes donc sûr de nos huîtres mais nous faisons très attention car nous savons que, du jour au lendemain, les Etats-Unis peuvent fermer leurs frontières. »

Afin d'éviter d'avoir cette épée de Damoclès au dessus de la tête, Philippe Danigo prospecte d'autres marchés notamment la Chine et la France. « Pendant de nombreuses années, le marché français était saturé, aujourd'hui la situation a changé avec la crise de l'huître. Mais l'administration européenne est très compliquée concernant l'exportation de bivalves. J'espère que la situation va se débloquer avec le soutien de quelques distributeurs français. »

Société Sol Azul : http://www.solazul.com.mx/

JML

Article publié dans Le Télégramme du 06/01/13

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/philippe-danigo-son-eldorado-ostreicole-06-01-2013-1963359.php?xtmc=Mexique&xtcr=4

 

 

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