MIGRANTS : Les autorités mexicaines réagissent enfin

Publié le par souslesoleildemexico

La libération de 51 otages lundi 25 avril à Reynosa par la police mexicaine résonne comme une lueur d'espoir dans l'enfer que vivent les migrants en route pour les États-Unis. Depuis début avril, le bilan macabre des découvertes de charniers dans l'Etat de Tamaulipas a suscité un émoi international et enfin une réaction des autorités mexicaines. 

Amesty international 

Pour beaucoup de migrants centro-américains, le Mexique est devenu un pays de non droit où règne la terreur du crime organisé en toute impunité puisque les autorités légales sont soit dépassées soit complices. Mardi 05 avril, lors de la journée des manifestations contre la violence au Mexique initiée par le poète Javier Sicilia dont le fils a été assassiné fin mars à Cuernavaca, les autorités mexicaines avaient annoncé une effrayante découverte dans le village de La Joya à San Fernando de Tamaulipas : 102 corps répartis dans 20 fosses communes. Depuis ce chiffre n'a cessé d'être revu à la hausse. Mardi 26 avril, la ministre de la Justice Marisela Morales a indiqué, dans une déclaration à la presse, la découverte de 183 corps exhumés de 40 fosses. Déjà, en août 2010, la municipalité de San Fernando avait fait parler d'elle dans les médias internationaux suite à l'exhumation de 72 cadavres, tous des migrants principalement d'Amérique centrale assassinés par des membres du cartel de narcotrafiquants "les Zetas" selon un survivant de ce massacre.

 

Fin du voyage tragique pour les migrants

San Fernando est le passage obligé pour toutes les personnes voulant se rendre dans les deux villes frontières de Mataramos et Reynosa en venant de la capitale Ciudad Victoria. C'est donc l'itinéraire que choisissent beaucoup de migrants d'Amérique centrale voulant atteindre les Etats-Unis. Et c'est aussi sur cette route unique, empruntée par les autobus se rendant vers le nord, que se referme le piège. Les bandes criminelles arrêtent ainsi les véhicules, puis séquestrent, terrorisent les réfugiés, proies faciles et victimes innocentes de la guerre que se livrent les narcotrafiquants en particulier entre les membres du cartel du Golfe et les Zetas. Ni les compagnies de bus, ni les autorités policières de l'Etat n'ont semblé réagir au sort de ces réfugiés kidnappés, ce qui démontre pour la plupart des observateurs leur passivité voire leur complicité notoire avec les criminels.

  Arrestations tardives et pressions internationales

Devant ce scandale qui dépasse les frontières du Mexique, le gouvernement se devait de réagir. Il a annoncé dans un premier temps la destitution du responsable de la sécurité de l'Etat du Tamaulipas  puis l'arrestation par ses commandos d'élite de la marine de Martin Estrada, alias Le Kilo, un des chefs du cartel des Zetas ainsi que d'autres suspects. Depuis le début de l'opération, ce sont 74 personnes dont 17 policiers soupçonnés d'être mêlés au trafic de migrants qui ont été arrêtés. Une opération qui apparaît bien tardive au regard de associations de défense des migrants et des ONG qui militent pour les droits de l'homme comme Amnesty international.

La CIDH  (Comisión Interamericana de Derechos Humanos) a d'ailleurs demandé depuis Washington dans un communiqué daté du 19 avril que "l'Etat mexicain doit faire la lumière sur ces meurtres, identifier le victimes, sanctionner les responsables et aussi prendre en urgence toutes les mesures nécessaires afin d'éviter que ces événements se répètent".

  La crainte d'autres découvertes

Dans plusieurs villes du Guatemala où les familles de migrants disparus attendent avec anxiété des nouvelles de leurs proches, les événements liés à la Semana Santa ont aussi été l'occasion rappeler ces meurtres. Simulant la mort du Christ sur sa Croix, les manifestants guatémaltèques ont dénoncé les conditions terribles des migrants au Mexique et ont appelé à la fin des tueries dans l'Etat de Tamaulipas.

Selon les dernières identifications des corps gisant dans les charniers, les victimes sont principalement originaires d'Amérique centrale. Parmi les 51 otages libérés dans la ville de Reynosa, la Sécurité publique a précisé dans un communiqué qu'il y avait 14 Guatémaltèques, 2 Honduriens, 2 Salvadoriens, 6 Chinois et 27 Mexicains. Ces migrants, retrouvés vivants pour les plus chanceux, correspondent évidemment à la longue liste des disparitions de réfugiés estimées à plus d'une dizaine de milliers en 2010 par la CIDH.

 

JML

 

Article publié sur lepetitjournal.com le 27 avril 2011

http://www.lepetitjournal.com/mexico/a-la-une-mexico/77477-emigres-immigres-central-amerique-mexique-frontiere-usa-narco-cartels.html

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