ECOTOURISME - Le Mexique n'est pas réservé au tourisme de masse

Publié le par souslesoleildemexico

Présent depuis 2006 au Mexique, Maxime Kieffer travaille sur le tourisme communautaire, objet de sa thèse qu'il est sur le point de terminer. Membre d'Echoway, association fondée en 2003 pour la promotion de l'écotourisme, le jeune géographe explique la nécessité d'un tourisme plus solidaire.

P1050576.jpgQue représente le secteur de l'écotourisme au Mexique ?
L'écotourisme connaît une demande croissante au Mexique même si cela ne concerne encore qu'une minorité de Mexicains sensibilisés à la cause. Le marché est certes restreint mais il peut s'étendre, d'ailleurs la classe moyenne, qui a accès à la consommation, évolue peu à peu sur ce sujet.

Pourtant, les médias parlent beaucoup d'écologie et développement durable...
Depuis quelques années, on remarque que des efforts institutionnels ont été réalisés en faveur de l'écotourisme. Désormais, le secteur touristique parle de "diversification de l'offre". Mais dans le passé, le Mexique a préféré mettre l'accent sur l'aspect culturel de son patrimoine (visite de sites archéologiques précolombiens, découverte des cités coloniales...) avant de sensibiliser le public sur l'écologie, la protection de l'environnement, le respect des populations locales, etc.
Alors que l'on observait un changement dès les années 1970 sur la demande touristique classique le fameux "sol y playa", le Mexique n'a pas pris le virage, à la différence par exemple du Costa Rica qui propose aujourd'hui une véritable offre éco-touristique avec un lien environnemental très fort.
Durant les 30 dernières années, des milliers d'hectares de mangroves ont donc été vendus à de grands groupes hôteliers peu soucieux de la protection de l'environnement. Avec le problème de la corruption qui sévit dans le pays, les réglementations environnementales et sociales ne pèsent souvent pas très lourd face au tourisme de masse.

Environnement et tourisme ne font donc pas bon ménage ?
On remarque qu'il existe toujours une différence entre le discours et les pratiques à partir du moment où les questions financières sont en jeu. La Fonatur, (Fondo Nacional de Fomento al Turismo), c'est-à-dire l'institution responsable du développement de projets touristiques, négocie avec la Semarnat (Ministère de l'environnement et des ressources naturelles) pour vendre des zones touristiques entières aux investisseurs notamment étrangers. Les questions environnementales et sociales sont alors souvent secondaires.

Par exemple, les CIP (Centres d'Intégrations Planifiés) comme à Cancun, Cozumel (Quintana Roo), Los Cabos et Loreto (Baja California Sur), Huatulco (Oaxaca), Sinaloa y Nayarit ont été créés le plus souvent sans politiques de traitement des déchets et des eaux usées, sans études d’impacts environnementaux et n’offrent que des conditions de travail précaires. Le dernier gros scandale touristique en date est celui de la création de 2 nouveaux complexes touristique à Los Cabos en Basse Californie (plus d’infos : http://www.jornada.unam.mx/2011/08/16/sociedad/036n1soc).
En fait si l'écotourisme se développe, c'est plus pour répondre à une demande économique que le résultat d'une politique volontariste.
P1050156.jpg
Les excès de cette forme de tourisme sont-ils dénoncés ?
Quelques médias osent parler des problèmes écologiques et des scandales de corruption liés au tourisme mais le Mexique connaît malheureusement d'autres problèmes jugés "prioritaires".

Sur le site d'Echoway, nous adressons des cartons rouges aux sites touristiques les plus polluants. Près de Cancun, par exemple, une montagne d'ordures se constitue au beau milieu des mangroves, faute d'infrastructures pour traiter les déchets. On remarque que les conséquences du tourisme de masse non contrôlé sont désastreuses au niveau écologique mais aussi d'un point de vue social. La création de richesses grâce à la venue de touristes profite certes à certains, notamment aux investisseurs étrangers, mais malheureusement peu à l'économie locale. Sur la Riviera maya dans les hôtels "Tout inclus", les travailleurs mexicains rémunérés au salaire minimum ne peuvent habiter proches des zones touristiques où tout est très cher. Ils sont contraints de vivre dans des zones éloignées et pauvres souvent sans eau ni électricité. Le paradis de la côte se transforme alors souvent pour eux en enfer.

Pratiquer l'écotourisme permet donc de lutter contre ces dérives...
Effectivement, et grâce à la volonté de certains locaux et le soutien d'ONG, plusieurs sites d'écotourisme existent au Mexique. Les bénévoles de l'association EchoWay souhaitent les faire découvrir et les recensent sur leur site internet (www.echoway.org). Le premier guide papier de l'association a d'ailleurs publié en 2008 sur l’écotourisme solidaire au Mexique et Guatemala et recensent une trentaine de projets d’écoturisme solidaire portés par des communautés locales.
Les membres d'EchoWay ont pour objectif d’informer tous les voyageurs sur les lieux d’accueil du tourisme équitable, solidaire et écologique, ainsi que sur l’écovolontariat à travers le monde. Le but est de sensibiliser le public au « voyager responsable». C'est aussi une manière de soutenir l'effort de conservation de l'environnement des populations locales et de développer des solutions pour limiter l'impact négatif des touristes.

Donc pas de réel écotourisme sans développement local ?
Mon sujet de thèse s'intitule justement "Comment peut s'insérer le tourisme communautaire dans un processus d’amélioration des conditions de vie et de développement local". Mon travail de terrain s'effectue dans la région de Tierra Caliente située entre l'Etat de Guerrero, de Michoacan et du Jalisco. Sur cette terre aride, les habitants vivent principalement d'agriculture. Les ONG présentes dans la région travaillent sur la problématique de l'eau et de l'agriculture biologique avec les populations locales pour justement générer un processus de développement, de protection des ressources naturelles et pour mettre en place des initiatives économiques comme des coopératives.
Le tourisme communautaire a pour objectif de trouver des solutions collectives aux problèmes de la communauté en faisant l'inventaire des ressources, en assurant des formations pour les locaux, en évaluant les conditions nécessaires pour accueillir des gens.
Ces projets suscitent d'une part un important échange culturel et d'autre part exigent une adhésion de la communauté qui prend ses décisions au cours d'assemblées villageoises. Le tourisme s'inscrit ainsi dans un véritable projet de développement global profitable à tous.

Propos recueillis par Jean-Marie LEGAUD

 

L’association EchoWay a publié en 2008 aux éditions Aventure au Bout du Monde le premier guide d’écotourisme solidaire au Mexique et Guatemala.

Pour en savoir plus : http://www.echoway.org/page10.php


P1040442.jpg

Publié dans Tourisme

Commenter cet article

Tom 09/12/2016 18:55

Tres bon temoignage de la situtation relative à l'écotourisme au Mexique.
Quelques exemples de gestion des ressources naturelles sont malgré tout à retenir comme la magnifique Reserve de la Biosphere de Sian Ka'an. Les populations locales apprennent peu à peu a utiliser les ressources naturelles d'une autre facon en les protegeant et en continuant à recevoir un revenu decent.
Dans certains cas on note un Impact malgre tout important sur les ecosystemes puisque utilisation commerciale du label "ecotourisme" permet à de nombreuses compagnies de s'enrichir et donne lieu des scenes typiques du tourisme de masse.
La nage avec les tortues à Akumal ou avec les requins baleines au nord du Yucatan en sont les meilleurs exemples.

Plus de photos et infos sur
www.tommynature.com
Facebook: Tommy Nature Guide